Quand une banque devient plus importante qu’un pays
- Eurosmag
- 07/06/2026
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La mise en examen de la filiale suisse de HSBC dans l’affaire des biens mal acquis libanais dépasse largement le cadre d’un simple dossier judiciaire. Elle raconte l’une des questions les plus sensibles de la finance moderne : que se passe t il lorsque des institutions financières mondiales deviennent les infrastructures invisibles de systèmes politiques défaillants ?
Selon le Parquet national financier, HSBC Private Bank Suisse est soupçonnée d’avoir facilité des opérations liées au détournement de plus de 300 millions de dollars attribués à l’ancien gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé. La banque est mise en examen notamment pour blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs. Elle a dû verser un cautionnement de 80 millions d’euros.
Pendant des décennies, Riad Salamé a pourtant incarné l’image inverse. Gouverneur de la Banque du Liban de 1993 à 2023, il était présenté par de nombreux investisseurs comme l’homme qui avait assuré la stabilité financière du pays après la guerre civile. Aujourd’hui, il est devenu le symbole de l’effondrement économique libanais, une crise qui a détruit l’épargne de millions de citoyens et fait plonger une grande partie de la population dans la pauvreté.
L’aspect le plus fascinant de cette affaire n’est pas uniquement la somme évoquée. C’est le rôle présumé des intermédiaires financiers. Car les détournements de fonds à grande échelle ne ressemblent plus aux clichés des valises remplies d’argent liquide. Ils passent par des sociétés offshore, des montages complexes, des transferts internationaux et des établissements bancaires capables de faire circuler des centaines de millions de dollars à travers plusieurs juridictions.
Cette mise en examen ravive également une question embarrassante pour HSBC. La banque a déjà été impliquée dans plusieurs affaires internationales liées au blanchiment, à l’évasion fiscale ou aux défaillances de contrôle, notamment dans les dossiers SwissLeaks ou encore aux États Unis dans les années 2010.
Le véritable enjeu est peut être là. Les banques modernes consacrent des milliards à leurs dispositifs de conformité et de lutte contre le blanchiment. Pourtant, lorsque des affaires de cette ampleur émergent encore, une interrogation demeure : ces mécanismes servent ils réellement à empêcher les abus ou simplement à limiter les risques juridiques une fois les opérations réalisées ?
L’affaire HSBC ne concerne donc pas uniquement le Liban. Elle interroge le fonctionnement même de la finance mondiale. Car lorsque des centaines de millions de dollars peuvent traverser plusieurs pays, plusieurs sociétés et plusieurs comptes bancaires avant d’être identifiés par la justice, la question n’est plus seulement de savoir qui a détourné l’argent. Elle devient celle de savoir qui a permis qu’il circule.
Photo : DR

