EasyJet vaut elle plus que ses avions ?
- Eurosmag
- 02/06/2026
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Quand l’action EasyJet a bondi de plus de 10 % à la Bourse de Londres après l’intérêt affiché par le fonds américain Castlelake, beaucoup y ont vu un simple épisode financier. En réalité, cette opération raconte quelque chose de beaucoup plus intéressant sur l’état actuel de l’économie mondiale.
EasyJet traverse une période difficile. La compagnie britannique a vu son cours chuter de plus de 20 % depuis le début de l’année sous l’effet de la hausse des prix du carburant, du ralentissement des réservations et des tensions géopolitiques liées au Moyen Orient. Elle a récemment annoncé une perte semestrielle de 552 millions de livres. C’est précisément ce moment que Castlelake a choisi pour se positionner. Le conseil d’administration d’EasyJet a immédiatement dénoncé une approche « hautement opportuniste », estimant que le marché sous valorise actuellement l’entreprise à cause de circonstances temporaires.
Mais pourquoi un fonds américain spécialisé dans les actifs aéronautiques s’intéresse t il autant à une compagnie aérienne qui perd de l’argent ? La réponse est simple : EasyJet possède des actifs extraordinaires.
La compagnie exploite plus de 350 avions, dispose d’environ 287 appareils supplémentaires en commande et contrôle des créneaux de décollage extrêmement rares dans plusieurs grands aéroports européens, notamment à Londres Gatwick où elle occupe une position dominante.
Il existe également une autre richesse beaucoup moins visible : le carnet de commandes. Depuis des années, les compagnies low cost comme EasyJet ont massivement investi dans des flottes d’avions neufs. C’est une partie essentielle de leur modèle économique. Un avion récent consomme moins de carburant, tombe moins souvent en panne et coûte moins cher à exploiter. Mais chaque commande passée auprès d’Airbus ou de Boeing reçoit également une place dans une file d’attente mondiale. Or cette place peut devenir extrêmement précieuse. Dans les périodes de forte croissance, les avions neufs se raréfient, les délais de livraison s’allongent parfois sur plusieurs années et les compagnies qui disposent déjà de créneaux de livraison deviennent particulièrement attractives. La valeur ne réside alors plus seulement dans les appareils eux mêmes, mais dans l’accès prioritaire à la production future des constructeurs. Un mécanisme qui rappelle certains marchés de luxe comme Ferrari, où la rareté et l’attente font partie intégrante de la valeur du produit. Pour certains investisseurs, le carnet de commandes d’EasyJet constitue ainsi un actif stratégique presque aussi important que sa flotte actuelle.
Autrement dit, Castlelake ne regarde peut être pas d’abord les bénéfices d’EasyJet. Il regarde ses actifs. Cette logique est devenue de plus en plus fréquente dans l’économie moderne. Certaines entreprises cotées valent parfois moins en Bourse que la somme de ce qu’elles possèdent réellement. Quand cela arrive, les fonds d’investissement y voient une opportunité.
Alors que les passagers voient EasyJet comme une compagnie aérienne, les investisseurs la voient parfois comme un portefeuille d’avions, de créneaux aéroportuaires et de droits d’exploitation. Reste que l’opération est loin d’être acquise. Les règles européennes imposent qu’une compagnie aérienne soit majoritairement contrôlée par des intérêts européens ou britanniques. Un fonds américain comme Castlelake ne pourrait donc probablement pas prendre le contrôle total d’EasyJet sans partenaire local.
Ce dossier révèle surtout une vérité économique souvent oubliée. Les crises créent toujours des opportunités. Quand les marchés paniquent à cause du pétrole, de l’Iran ou du ralentissement du trafic aérien, certains investisseurs regardent au delà des turbulences et se demandent simplement : combien vaut réellement cette entreprise ?
Castlelake semble penser que la réponse est largement supérieure aux 3 milliards de livres auxquels le marché valorise actuellement EasyJet. Et parfois, c’est précisément dans ces écarts entre perception et réalité que se construisent les plus gros paris financiers.
Photo : easyjet.com

